Un seul hélicoptère pour remplacer cinq : le H160M.
Airbus Helicopters a confirmé que les premières livraisons du H160M Guépard à l’armée de Terre française auront bien lieu en 2028, comme prévu. Le second prototype, en phase finale d’assemblage, doit décoller d’ici la fin 2026.
Cet hélicoptère hors-norme doit remplacer cinq types d’hélicoptères différents par un seul appareil. Une logique qui rappelle furieusement celle du Rafale, lui aussi conçu comme couteau suisse pour balayer une demi-douzaine d’avions vieillissants. V
ingt ans plus tard, le Rafale s’exporte aux quatre coins du monde. Le Guépard suivra-t-il la même trajectoire ?
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L’hélicoptère H160M Guépard tient ses délais et devrait arriver en 2028
L’armée française a longtemps fonctionné avec une flotte d’hélicoptères légers et moyens hétéroclite, héritée de décennies d’achats au coup par coup. Au menu : des Gazelle pour l’armée de Terre (entrées en service en 1973, à la retraite), des Alouette III pour la Marine (mises en service en 1962), des Dauphin et des Panther également pour la Marine, et des Fennec pour l’armée de l’Air. Cinq machines, trois armées, et autant de chaînes logistiques, d’écoles de pilotage et de magasins de pièces détachées à entretenir.
En 2017, le ministère des Armées tape du poing sur la table et lance le programme HIL (Hélicoptère Interarmées Léger). Le principe est limpide : un seul appareil pour les trois armées, modulaire, capable d’assumer toutes les missions précédentes. Comme le Rafale a remplacé le Mirage 2000, le Mirage F1, le Jaguar, le Super-Étendard et le Mirage IV, le Guépard absorbera les missions de cinq hélicoptères différents. Une logique d’économies d’échelle, de simplification logistique et de souveraineté industrielle.
Le 22 décembre 2021, la commande officielle est passée : 169 H160M Guépard au total, répartis comme suit :
| Armée | Nombre d’appareils | Première livraison |
|---|---|---|
| Armée de Terre (ALAT) | 80 | 2028 |
| Marine nationale | 49 | 2030 |
| Armée de l’Air et de l’Espace | 40 | 2032 |
Un calendrier tenu, ce qui n’est pas si fréquent
Le 17 juillet 2025, le prototype n°1 du Guépard a effectué son premier vol à Marignane, sous les commandes du pilote d’essai Samuel Chartier. Cinquante minutes en l’air, suivies de quelques vols supplémentaires. Le 24 juillet, Airbus organise une cérémonie officielle. Quatre mois plus tard, en octobre 2025, Vincent Chenot, chef du programme H160M, confirme que l’appareil a déjà atteint sa vitesse maximale avec des résultats « exceptionnels ».
Le second prototype, actuellement en assemblage final, doit voler d’ici la fin 2026, pour mener en parallèle les essais en environnements extrêmes (températures chaudes, froides, charges en vol). Un troisième prototype suivra. Trois ans d’essais en vol au total, puis livraison à l’ALAT fin 2028. À ce jour, le calendrier annoncé en 2021 est tenu.
Dans le contexte actuel de l’industrie aéronautique militaire, c’est suffisamment rare pour être noté.
Ce que sait faire le Guépard
L’appareil pèse 6 tonnes, embarque deux moteurs Safran Arrano (français), affiche 50 % moins de bruit que ses prédécesseurs et 18 % de consommation en moins. Il est armé d’un système modulaire HForce d’Airbus permettant d’embarquer mitrailleuses de 12,7 mm en nacelle, lance-roquettes guidées, mitrailleuses de 7,62 mm en sabord, voire un bras articulé pour tireur de précision. Côté capteurs, Thales développe depuis 2019 le radar AirMaster C en bande X qui équipera l’appareil.
L’idée est qu’un Guépard peut tour à tour faire de la reconnaissance armée pour l’armée de Terre, de la lutte anti-navire ou anti-sous-marine légère pour la Marine, du sauvetage en mer, de l’évacuation sanitaire, du transport de forces spéciales ou de l’interception aérienne basse altitude pour l’armée de l’Air. Six rôles, un seul appareil. La cabine est reconfigurable rapidement selon la mission.
Le vrai pari : l’export
Vincent Chenot l’a déclaré : « Notre objectif est de proposer cette même configuration au marché export très peu de temps après les premières livraisons en France ». Airbus Helicopters cible une capacité de production de 60 appareils par an, dont 20 H160M militaires. Le H160 succède ainsi à la famille Dauphin/Panther, dont 1 100 exemplaires ont été vendus à plus de 200 clients dans 64 pays depuis 1974.
Le Guépard semble donc né sous les meilleurs auspices avec une telle filiation.
Reste à savoir contre qui le Guépard va se battre sur son créneau précis. Le H160M joue dans le segment des 6 tonnes polyvalent et nous avons relevé cette liste de concurrents directs :
| Appareil | Constructeur | MTOW | Prix unitaire estimé |
|---|---|---|---|
| H160M Guépard | Airbus Helicopters (France) | 6 t | ≈ 30-35 M€ (estimation) |
| AW139M | Leonardo (Italie) | 6,4-7 t | ≈ 17 M€ |
| MH-139A Grey Wolf | Boeing/Leonardo (USA) | 7 t | ≈ 20 M€ |
| AW169M | Leonardo (Italie) | 4,5-4,8 t | ≈ 12 M€ |
| S-76D Armed | Sikorsky (USA) | 5,3 t | ≈ 13 M€ |
Un marché de l’hélicoptère militaire en pleine expansion
Le marché mondial des hélicoptères pesait 34,3 milliards de dollars (environ 29,2 milliards d’euros) en 2025, et devrait grimper à 66,5 milliards de dollars (environ 56,5 milliards d’euros) d’ici 2035. La part militaire représente environ 40 % du gâteau, tirée par la hausse généralisée des budgets de défense post-Ukraine. Airbus est aujourd’hui le leader mondial du segment hélicoptère avec 25,1 % de parts de marché (toutes catégories confondues), devant Leonardo (16,6 %), Bell (7,4 %), Boeing (3,6 %) et Lockheed Martin (3,3 %).
Le segment est ultra-dominé par Leonardo et ses dérivés (AW139M, AW169M, MH-139A en partenariat avec Boeing). Sikorsky propose son S-76D armé pour les budgets serrés. Mais aucun de ces appareils n’est aussi récent que le H160M, qui arrive sur le marché avec des arguments simples : moitié moins bruyant, 18 % de consommation en moins, 68 brevets d’optimisation, une cabine reconfigurable et une chaîne de production unique civil/militaire qui rassure les acheteurs sur la pérennité industrielle.
Au-dessus, c’est un autre monde : les AW149 italiens (8,6 t), les Black Hawk américains (11 t) et les NH90 européens (11 t) jouent dans la classe lourde des hélicoptères de manœuvre. Le Guépard ne les concurrence pas directement, il les complète. Pour les armées qui veulent une flotte intégrée, c’est même un atout : un NH90 pour la grosse cavalerie, un H160M pour les missions agiles.
Le Guépard n’a pas besoin de prendre 30 % du marché pour faire un carton commercial. Si Airbus parvient à signer deux ou trois contrats export de 20 à 30 appareils dans les cinq ans suivant les premières livraisons françaises, le programme aura largement justifié son investissement.
À titre de référence, le Rafale a mis vingt ans pour décrocher son premier contrat export, en 2015. Le H160M a une longueur d’avance industrielle, vu que sa version civile vole déjà depuis 2021.
Sources :
- Airbus Helicopters, communiqué officiel sur le premier vol du H160M Guépard (24 juillet 2025) détaillant le calendrier des essais en vol, les trois prototypes et les premières livraisons prévues fin 2028.
- Usine Nouvelle (Mia Goasguen-Rodeno), L’hélicoptère H160M Guépard d’Airbus, destiné à l’armée française, a réalisé son premier test en vol (27 juillet 2025)
https://www.usinenouvelle.com/article/l-helicoptere-h160m-guepard-d-airbus-destine-a-l-armee-francaise-a-realise-son-premier-test-en-vol.N2235783
Article détaillant les performances de l’appareil, les trois prototypes, la cible de 169 commandes et les ambitions export. - Global Market Insights, « Marché des hélicoptères » (consulté en mai 2026)
https://www.gminsights.com/fr/industry-analysis/helicopter-market
Étude de marché analysant l’évolution mondiale du secteur des hélicoptères, les principaux constructeurs, les usages civils et militaires ainsi que les perspectives de croissance du marché.
Les photos des H160M viennent du site d’Airbus Helicopters.

